Article transmis par le Conseil du Cheval en Corse, publié le 4 août 2009 par la Sud-Ouest
C'est le coeur serré qu'Alain Chadourne et son épouse ouvrent la clôture des paddocks où, il y a quelques jours encore, leurs chevaux se trouvaient.
Le couple n'y est pas retourné depuis dix jours. Dix jours qu'il a traversé à ressasser de terribles images qu'il ne peut ôter de son esprit. La nourriture des chevaux est d'ailleurs encore dans les paddocks. « Nous n'avons pas eu encore le courage de nettoyer », souffle Alain.

Alain Chadourne se souvient avoir retrouvé sa pouliche couchée à cet endroit. C'est la première fois que le couple revenait dans les paddocks. (photo S.M.)
C'est lui qui, il y a dix jours, venant rendre visite à trois de ses chevaux en tout début d'après-midi, s'est vu refuser l'accès de son près par des milliers d'abeilles. Le temps de prévenir les pompiers et le vétérinaire, et de pouvoir se frayer un chemin, il est déjà presque trop tard. La pouliche Ulka de Belpech, un an et demi, et le hongre Robin de la croix, trois ans, ne pourront être sauvés à la clinique vétérinaire de Villefranche du Périgord, où ils sont pourtant emmenés de toute urgence. Les multiples piqûres dont ils ont été victimes sont trop importantes. Ils décèdent le lendemain. Le troisième cheval, Speed chadock, placé quelque peu en retrait, s'en sort avec quelques piqûres mais il est certainement encore un peu tôt avant de dire s'il en portera ou non des séquelles.
« Horrible »
« C'était horrible, reprend Alain Chadourne. Ulka de Belpech était couchée, complètement tétanisée et couverte d'abeilles. Les pauvres bêtes ont atrocement souffert ».
Le vétérinaire, Jean-Jacques Labrunie, qui s'est rendu sur place, a dû attendre l'arrivée des pompiers pour se munir d'une combinaison d'apiculteur. « Dès que je suis descendu de voiture, elles se sont littéralement jetées sur moi. Je n'avais jamais vu ça », se rappelle-t-il.
La présence de ces milliers d'abeilles est le résultat d'une drôle d'histoire. En effet, le soir du 14 juillet, Alain Chadourne découvre sur un autre de ses terrains, situé de l'autre côté de la route communale où sont installés les paddocks, 35 ruches d'abeilles. Après quelques recherches, il apprend que les ruches appartiennent à M. Véron, apiculteur dans la Marne. Il lui téléphone pour lui signaler qu'il a installé des ruches sur un terrain qui ne lui appartient pas et qu'il doit donc les retirer au plus vite. L'apiculteur dit s'être trompé de terrain et promet de venir les enlever. Celui-ci les récupère un matin sans avertir qui que ce soit. Et c'est quelques heures plus tard que les abeilles attaquent les chevaux.
Des abeilles sans repère
« L'explication la plus plausible, par rapport à la biologie des abeilles, est qu'il y a eu un problème au moment du rapatriement, analyse Jean-Jacques Labrunie. Certaines n'étaient pas retournées dans leur ruche et se sont donc retrouvées sans repère. Avec la chaleur, elles sont devenues agressives ».
Après avoir obtenu l'accord du maire et de la gendarmerie, Alain Chadourne a fait appel à un apiculteur qui est venu les supprimer. Pas moins de 60 000 abeilles ont ainsi été recensées. Les époux Chadourne ont porté plainte sans savoir comment va pouvoir être évalué leur préjudice. Les deux chevaux étaient en effet des chevaux de course et auraient pu tout aussi bien connaître la carrière de leur illustre voisin d'écurie, Lino chadock, bien connu des turfistes régionaux. En attendant que ces procédures aboutissent, le couple peine à tourner la page et s'interroge encore sur l'opportunité de remettre des chevaux dans leurs paddocks.
Auteur : Sébastien Maurès